Pour une dernière étape, ce fut plutôt rock'n roll! Levés à 7:30, partis à 7:50, et le Mistral ("Fucking Mistral!" dixit Harald) était déjà de la partie. Question: partons-nous aujourd'hui ou restons-nous à Valence dans l'attente de vents meilleurs? Le problème, c'est que la météo annonçait encore des jours avec du Mistral de plus en plus fort, remplacé ensuite par du vent du sud qui lui, comme il est contraire au sens du Rhône, fait d'énormes vagues et ralentit la Béteille. Alors? Alors, larguez les amarres et vogue la galère (c'est le cas de le dire).
Pas de vagues, du vent arrière, tout va bien.
Quatre kilomètres avant l'écluse de Beauchâtel, Gilles arrive à joindre l'éclusier par la VHF. Tout est prêt, l'écluse est ouverte, allons-y! Mais arrivés devant le sas, vantaux ouverts et barrière levée, les feux vert et rouge sont tous les deux allumés, ce qui signifie "Attendez!" Mais il y a les courant qui nous pousse, il y a le vent qui nous pousse et Ali qui pousse Gilles pour qu'il entre dans le sas. Gilles résiste (c'est interdit!), appelle l'éclusier mais, c'est le cas de le dire, silence radio, et Gilles finit par aller mettre la Béteille à l'abri. Quelle erreur! Il appelle (cette fois par téléphone) l'éclusier et se fait agonir de la plus belle des façons! Il essaie de s'expliquer, on lui coupe la parole! Et voilà notre pilote, pourtant assez bravache d'habitude, qui se serpillérise, qui bat si fort sa coulpe qu'elle en pleure encore à cette heure. Tout ça pour que cette brute d'éclusier accepte de faire sa bassinée.
Il est bien possible que ce même éclusier aurait oublié de mettre le feu vert et, au lieu de s'en excuser, aurait préféré rendre Gilles coupable. Cette explication vaut ce qu'elle vaut, mais elle plait beaucoup à notre pilote. Descente tranquille, mais le vent est de plus en plus fort. Un moment d'attente est prévu devant la dernière écluse, celle de Logis-Neuf. même s'il est préférable de s'amarrer face au courant, devant une écluse, cela n'est pas vraiment obligatoire. Arrivés à côté du ponton, Ali saute hors de la Béteille pour l'amarrer, et poussé par le vent et le courant, notre joli bateau fait un demi-tour complet et Ali se retrouve avec une amarre qui vient de lâcher et est redevenue une simple et vulgaire corde complètement inutile. Grand moment de solitude pour le matelot tandis que notre pilote, alternant marche avant et marche arrière, à coups de barre à bâbord et à tribord, essaie de maintenir la Béteille contre le ponton. Au feu vert, il faut refaire demi-tour et entrer dans l'écluse.
A la sortie, nous sommes heureux de voir que deux gros bateaux ont été obligés d'attendre que nous sortions pour pouvoir écluser. Nous les narguons avec plaisir...
Nous sommes à deux kilomètres de notre port dont chacun sait que l'entrée n'est jamais une partie de plaisir. Et contrairement à nos craintes, nous y rentrons sans problème, nous nous amarrons à notre ponton habituel et les voisins viennent à notre rencontre pour écouter toutes nos aventures! Nous sommes partis de chez nous pendant 69 jours, nous avons navigué pendant 283 heures étalées sur 47 jours, nous avons parcouru 1484 km, franchi 370 écluses et avons consommé 432 litre de gazole (consommation: 1,52 l/h, ce qui est très peu!) Mais moi, j'aime bien ma liberté dans le port de Cruas!
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